Haiti: Une rentrée scolaire foutue d’avance

Haiti: Une rentrée scolaire foutue d’avance

Rentrée timide ou totalement ratée pour plusieurs raisons. Mais elles sont toutes liées à la gouvernance et à la situation économique du pays. Le président de la République a répondu présent à la traditionnelle cérémonie de lancement de l’année scolaire. Courage ou témérité. Mais, tel un cerf-volant défectueux, le décollage n’a pas lieu dans les rues du pays et c’était prévisible.

La subvention de matériels scolaires est aussi dans l’impasse comme tant d’autres secteurs où des vautours du secteur privé montrent de moins en moins de respect pour l’Etat et d’un autre coté, un gouvernement qui improvise presqu’en tout.

Moins de douze heures avant le jour fixé par les autorités pour le retour en classe en Haiti, la ville nous rappelait les années dures de l’embargo. Dimanche après-midi, le problème de carburant s’était renforcé en entrant dans sa phase de crise réelle. Car cette fois, on n’attendait pas de cargaison. Pourtant quelque chose peinait à marcher dans la distribution. On n’en savait rien. Quand ce n’est pas impossible à trouver au marché noir, le gallon se vend jusqu’à 800 gourdes.

A Port-au-Prince, véhicules et motocyclettes étaient en panne sèche à proximité des pompes à essence ou en pleine rue. De longues files de piétons avec des récipients et le désespoir des motards. Comme la semaine écoulée, la nouvelle allait être marquée par les mêmes refrains: peyi a fini.

Mais ce qui cloche dans cette histoire de carburant qui a foiré la rentrée scolaire, ce lundi, c’est l’hypocrisie des acteurs. Le déni de communication de tous les cotés et l’absence de sincérité du coté des opposants qui profitent d’une question aussi stratégique, mal gérée par le pouvoir en place. Si le prix du carburant doit inévitablement subir une augmentation, on doit se le dire avec sincérité et l’assumer. Tous les acteurs se livrent, de préférence, à un jeu d’usure qui ne mènera nulle part, sinon au gouffre.

Il n’y a pas que cela. Un sérieux problème de liquidité affecte les ménages. Les autorités macro économiques semblent se conforter avec une gourde au taux de 95 pour un dollar. Alors que les salariés n’ont pas reçu d’augmentations ou d’ajustements. Le même salaire qui valait le double, ou le triple en dollars par rapport à aujourd’hui, est appelé à payer pour les mêmes frais en dollars et le cout du panier de la ménagère, toujours fixe en dollars. Il n’y a aucun moyen arithmétique de faire marcher un tel calcul. C’est la définition de la pauvreté. Pourtant tout le monde prétend et fait semblant.

Ensuite, il y a la question des salaires non payés depuis des mois au niveau de l’Etat et de certaines institutions privées ayant l’Etat comme principal client. Haiti est en situation de crise économique aigüe et la rentrée scolaire ratée de ce lundi n’en est qu’un signe visible de cette grande misère.

Haiti Hebdo

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