Et le ciel nous a redonné Carimi!

Et le ciel nous a redonné Carimi!

Fan de Tabou Combo, de Dixie, de DP, Kassav et autres machines à faire la fête. Le compas comme le reste des belles choses subissait de plein fouet les effets de la grande accélération vers la médiocrité planétaire.

En 2001, j’avais déjà le mal du bon son, car la nouvelle génération de musiciens haitiano-antillais primait déjà la paresse et le prêt-à-jouer des machines à musiques insipides. Fini le naturel des musiques sublimes des années 70-80 et l’immortel Tabou vieillissait. Le mal des hits était devenu chronique sinon quelques bons coups par intermittence du genre Mizik Mizik, Rubinel ou Gordon Henderson. 

Mais avec un répertoire ancien si riche, ceux, qui comme moi, sont de la génération Compas tant en Haiti qu’aux Antilles françaises, s’étaient réfugiés dans la nostalgie. On allait bien.

Puis vient l’été 2001, trois jeunes hommes, transfuges de K-dans, déjà remarqués dans Mouche Tonton Nwèl, décident de lancer quelques choses un peu empreintes de narcissisme: CARIMI. L’ anagramme de leur propre nom et on attendait pour voir. Bang bang ne fut pas si mal, mais on sentait le meilleur arriver et les ténors Micky, T-Vice, Djakout… avaient de quoi s’inquiéter.

On vivait jusque là de ZIN. La formule d’Alex Abéllard marchait surtout dans les reins; mais un peu trop sucrée, trop bonne, trop zouk love pour un fan du pike devan. C’est en ce sens que CARIMI fut différent. Il avait une formule world beat Konpa qui laissait personne indifférent. La musique était montée pour les tympans.

Le groupe était arrivé comme un éléphant blanc dans le désert. Son son projetait un certain espoir de musique à concert, un espoir comme celui du premier album de Klass qui malheureusement fut un feu de paille. Tant pis pour ceux-là qui ont eu la faiblesse de croire que Ritchie pouvait vraiment, toutan l gen lavi, sauver à lui seul l’héritage. Mais CARIMI était une formule constante et sérieuse et on en a joui pendant quinze bonnes années. 

Quinze années d’amour, de folie et de fidélité. Quinze bonnes années de mélodies entrainantes et organiques. Les filles s’en raffolaient. Les gars un peu jaloux, mais toujours heureux d’écouter tout ça. De la vraie musique à bon dieu. 

Le pic était atteint avec Nasty Biznis en 2004, puis deux ans après ce fut les nuages avec Are You Ready et on était tous prêt à mourir pour CARIMI jusqu’à ce jour maudit du 11 juillet 2016; “date à laquelle Michael Guirand a décidé de quitter définitivement le groupe pour des raisons personnelles. À la suite de l’annonce, Carlo Vieux a décidé de cesser de faire de la musique”. J’ai failli cesser d’écouter de la musique pour éviter ces bris de coeur. Ti Manno. J’ai déjà eu le choc Milli Vanilli dans ma prime jeunesse; la déchéance de King Posse; le décès de Michael Jackson. Fatigué, tout fragile, CARIMI m’avait brisé en mille morceaux. 

Mais je n’ai jamais perdu la foi. Je n’ai jamais perdu l’espoir. D’ailleurs je n’ai jamais cru à cette cassure. Je m’en foutais de Kai comme de Vayb, je voulais CARIMI. Je faisais chaque jour des chapelets d’invocations.

Je serai là, à l’Accor Arena, ce 9 octobre pour danser comme en savane, comme dans l’Afrique Adieu et pour Carimi, mourir de joie, de ce retour de l’enfant prodigue. Avec Sainte Cécile, je m’offrirai la première danse. Ne me décevez pas.

Hérold Israel

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